La peau cassée.

NB : certaines phrases sont dites dans la langue maternelle, puis en français. elles n’apparaissent pas dans ce texte.

Pascale (journal) : La vague de froid est passée, le mercure remonte mais les températures sont encore basses. L’hiver est loin d’être terminé mais le maintien des places d’hébergement d’urgence dans l’agglomération lyonnaise n’est plus d’actualité. Ainsi, la préfecture du Rhône a progressivement fermé les gymnases ouverts pour accueillir les sans-abris sur la Métropole de Lyon. 460 personnes ont été hébergées dans ces structures au moment du pic de froid. Celui de Caluire a été le dernier à fermer hier. Certains, sans domicile fixe ou demandeurs d’asile, se retrouvent alors sans solution pour passer la nuit au chaud. –
Plus de nouvelles de Brikéna et ses enfants …

Line : Dans mon pays je suis journaliste,
J’ai rencontré des enfants qui ont été abusés par des soldats français.
Je suis Centrafricaine, je viens du centre de l’Afrique, de la République Centrafricaine (RCA). Mon pays traverse depuis plusieurs années des hostilités, des guerres intercommunautaires, des crises militaro-politiques dont la population en paye la peau cassée.

Elsa : La peau, on ne peut pas la coudre. Elle peut être douce ou un peu rêche, fine ou épaisse comme un tissu. Elle est chaude ou fraîche et de toutes les couleurs.

Vilma : Mais si on peut la coudre la peau ! J’ai déjà cousu la peau. Je suis albanaise et je suis infirmière en gynécologie. C’est facile de coudre la peau

Anita : Je suis née à Lima à côté de l’Equateur, c’est quand même loin de l’Afrique ; je suis une descendante d’esclaves

Fatimata : On a toujours besoin d’être rattaché là on naît. On n’oublie jamais sa terre natale, car c’est là qu’on est venu. Ma mère a gardé le nombril de ma fille dans un petit tissu qu’elle a gardé dans la maison. Quand ma fille mangeait la terre, ma mère disait : “laisse-la faire, comme çà, elle reviendra au pays ».

Gaëlle : Toi, tu me parles de ton Dino. C’est une couverture en laine de lama. De loin, elle me faisait penser aux tissus mexicains. Je n’aurais jamais deviné que c’était une couverture. Je l’ai touchée. C’est pas tous les jours qu’on peut toucher de la laine de lama chez nous. Ses couleurs sont vives, elle est tissée à la main : bleu, rouge, vert… Elle vient de Cuzco, au pied du Machu Pichu. Ce sont ses teintes qui t’ont tapé dans l’œil et tu l’as achetée. Elle représente un dieu Inca et c’est important aussi car ta mère descend des Incas. Tu l’as emmenée car elle te rappelle tous les jours, que tu viens de là-bas.

Anita : Je la mets sur mon canapé, je m’en sers de nappe, je la mets au sol pour disposer mes instruments de musique ou je ne sais quoi d’autre. Je l’emmène partout où je vais.
Un petit morceau de Pérou

Gaëlle : J’aime bien son odeur : une odeur naturelle, un peu rêche aussi.
Elle me rappelle le pull de ma grand-mère. Lui aussi il est en laine et vient des montagnes. Lui aussi il vient d’un là-bas en quelque sorte, même si mes montagnes sont bien moins loin que les tiennes et que je suis née en France. Mais quand même quand je le porte, j’ai un peu des montagnes d’Italie sur les épaules.

Pascale : Tu m’as dit : Je suis venue. Pourquoi on resterait pas là ? on est bien ici

Fatimata : Je disais bonjour dans ma langue, mais on ne me répondait pas
Je cherchais quelqu’un à qui parler.

Vilma : J’aime bien écouter les gens se rencontrer, elles ont envie. Des envies qu’on attend avec impatience

Violetta : On sera toujours des immigrés, une étiquette de migrants, pas envie forcément. Alors on dit : on avance

Mawahib : J’ai tricoté un foulard à une amie qui ressemble à sa peau. Le tissu est tout seul, là sur le siège au fond du bus ; elle l’a oublié ?

Odile : Tu t’es levée, tu as mis le voile sur ton épaule. Fati t’a aidé à le nouer. Tu t’es enveloppée dans ce long tissu au fond orange et tacheté d’œufs noirs. Tu avais le sourire puis tu es devenue grave et belle comme une actrice de cinéma. Tu as dit que le tissu provient de Dubaï parce là où tu habitais, ils ne fabriquent plus rien. Il a plus de 4 mètres de long, il s’attache à l’épaule, puis tourne autour de toi, ça passe sur la tête.

Saida : Moi Quand je fais la prière, je le prends aussi. Je l’ai lavé hier, ça sent la lessive. Je ne le lâche pas, il est sur moi, je le mets tout le temps

Mawahib : Un jour, j’ai vu quelqu’un avec la peau d’une autre personne

Zahra : Le foulard, c’est comme une seconde peau pour moi : c’est un châle très respectueux. Chez moi, sans foulard, je ne peux pas circuler. Quand je me suis enfuie, c’est la seule chose que j’ai emportée, avec des petits pyjamas. Des fois, je le plie en deux, c’est une protection contre le froid. Quand je dors, je le mets sur la couette. En plus, ça me fait du bien.

Vilma : Quand vous portez un foulard, vous êtes magnifiquement habillée, un foulard combiné avec un joli sac, des chaussures silencieuses et vous êtes élégantes

Pascale : Brikéna, je me souviens, tu m’as dit que Tatiana t’a donné une veste, lorsque tu laves la veste, dans le lavabo, tu as le temps de te souvenir de ce moment, de ce moment où juste avant tu avais froid, et juste après tu avais chaud.
Marwa : Je dois toujours laver les draps, je dois toujours les changer, parce que les enfants jouent dans le lit ; la petite boit le biberon dans le lit ; Mon lit est un peu comme un nid Ma fille dort avec moi d’un côté et mon fils de l’autre côté ; dans mes bras, comme ça. Ma vie en Algérie était emmêlée ; maintenant je commence à la démêler.

Elsa : Dérouler le fil. Je regarde la pelote qui est restée là sur la table et je regarde tes yeux. Dans le tissu on incruste parfois des pierres précieuses. Et puis le tissu s’use, se déchire et les pierres précieuses tombent à terre, roulent, roulent, comme une pelote mais toi tu tiens le fil. et tu ravaudes en silence .Tu raccommodes la peau, le tissu

Zahra : Je mesure les hanches
Je mesure les épaules
Je mesure le tissu, je le couche le tissu
Je le coupe le tissu, je le couds le tissu
Je le brode et je le mets dans une enveloppe.
Il prend un camion, un avion ou un bateau pour rejoindre de nouveaux horizons.

Violetta et Vilma : poème en albanais « les oies sauvages » Puis en français

Pascale : Je suis française ; je ne suis pas une oie sauvage, pourtant j’aimerais . Si j’étais un oiseau, me comprendrais tu mieux ?

Violetta : Tu aurais dû voler longtemps pour venir en France.

Mawahib : Si j’étais un oiseau, je frôlerais la surface du lac pour en sentir le danger.

Line : Chaque jour je me tenais là ; j’attendais la grande nouvelle qui me permettrait de partir, d’avoir le courage de me libérer

Anita : Je suis venue comme une citoyenne de la terre

Violetta : Le sang, c’est pas déterminant.

Mawahib : On ne peut pas être différent tout seul

Violetta : La vie d’une personne dépend du sang

Zahra : En Somalie, même les moutons meurent, c’est la sécheresse, les chameaux c’est foutu. Y a pas de gouvernement qui pense les gens qui meurent.

Odile : Est-ce que les oiseaux ont des soucis avec l’Administration ?

Line : En Centre Afrique, on a difficilement accès à la mer, mais qu’importe ! l’hospitalité dépasse de loin tous les voyages de l’océan.
Si tu veux, un jour, je cuisinerais des chenilles pour toi.

Zahra : Ma vie est coupée en deux. Modagiscio est coupée en deux, c’est la guerre. Moi, je suis impatiente de voir mes enfants. Il y a eu des moments qu’on a passé ensemble Oui, vous me manquez. Je suis loin de vous. Et vous de moi

Berceuses chantées en arabe par Zahra et Saïda et berceuse africaine par Line.

Fatimata : La marmaille grouillait du matin jusqu’au soir.

Line : Le droit des enfants n’est pas toujours respecté en Afrique

Pascale : Pourquoi doit-on commettre des atrocités sur les enfants ? Pourquoi enrôler les enfants dans la guerre ? Les enfants méritent une vie parfaite.

Odile : Hier, j’ai tressé les cheveux de ma fille
Aujourd’hui, elle vit loin de la maison et elle tresse ses cheveux toute seule.

Zahra : Moi, je fais des tresses, mais je ne prends pas 30 euros ;
Dans mon pays, je faisais les tresses des filles de mon quartier et de mes amies. C’est gratuit, c’est l’entraide.

Marwa : J’aime la tresse car elle rend belle la femme et aussi elle fait grandir les cheveux plus vite. Je les faisais tous les jours à mes enfants quand elles étaient petites.

Gaëlle : Ma maman a coupé mes cheveux quand ils se sont séparés avec papa, parce que papa aurait pas été capable de me faire mes tresses.

Elsa : Ici, en France, aimer quelqu’un jusqu’à se marier par amour…çà ne dure pas plus longtemps.
Odile : Notre amour est un château invaincu
Pascale : n’ai pas peur
Gaëlle : tu n’as rien à craindre de lui
Elsa : (en chantant ) On s’est connu, on s’est reconnu, 
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu d’vue 
On s’est retrouvé, on s’est réchauffé, 
Puis on s’est séparé. 
Les 3 filles : On s’est connu, on s’est reconnu. 
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu de vue 
On s’est retrouvé, on s’est séparé. 
Puis on s’est réchauffé.

Fatimata : Des boubous, il y en a de très jolis qui brillent pour les mariages, et pour les cérémonies d’attachement. Les filles apprennent très jeunes à attacher leur pagne, à serrer leurs jambes, à s’asseoir et à s’accroupir correctement avec un pagne. Il faut bien savoir faire le « truc », il faut le rentrer et le re-rentrer dans le ventre, bien serré. Quand les filles se marient, elles portent deux pagnes, un petit pagne charmant qui vient aux cuisses et un grand pagne qui vient au bas des jambes.

Marwa : Dans mon pays, on a toujours quelqu’un au dessus de nous.
La liberté est difficile.

Vilma : Partout où tu iras, il y aura toujours quelqu’un qui viendra te chercher
Saida : Ils ont dit la coutume, c’est le défunt. Il est remplacé par le frère. J’ai dit « NON ». Je n’ai pas vu de fleurs, ni d’odeurs. Je n’ai vu que des problèmes. La maladie de ma fille a été le chemin pour moi de me sortir de mes problèmes. J’espère trouver le bonheur et pourquoi pas un( nouveau) mari ?
Marwa : La femme de la France a beaucoup de droits. En Algérie : reste à la maison, ménage, enfants. Houssam, je ne peux pas te parler de ton père. Mais tu ne me poses pas de questions.   Je crois que tu as compris, un peu Houssam je t’aime beaucoup, maintenant je suis libre. Je suis libre maintenant. Je suis libre par des désirs et pour les rêves. La vie ici c’est bien, la vie ici c’est bien

Zahra : Marwa est sosso, mi triste, mi gai, mi lune, mi soleil, elle est sosso !

Pascale : Nos vies brisées, reconstruites Trop tard maintenant. Quelques photos Mes souvenirs…
Mawahib : Je ne sais rien sur la mer et pourtant j’y retourne sans cesse. Je me souviens de la rivière qui flottait au bord de la forêt. Ici pour sortir de l’eau, il faut faire des efforts
Violetta : je vous vois

Elsa : moi aussi

Fatimata : j’irais au levant au lever du soleil

Gaëlle :je marcherai jusqu’à la nuit

Anita : Je ne peux pas voler dans le ciel, mais je peux marcher, je peux partir, je peux revenir.

Odile : Je peux tracer mon chemin, marcher seule le long des rivières, les mains dans les poches, sans mes papiers, sans téléphone, si je le veux.

Saida : C’est bien ça, je suis libre.

Marwa : Je veux me sentir libre, j’aime être libre

Line : je suis venue

Vilma : je viens d’arriver aujourd’hui aussi

Mawahib : j’ai l’impression d’être arrivée chez moi

Elsa : mais où est-ce réellement chez moi ?

Saida : on est ici et maintenant

Line : Ils sont là-bas et moi je suis là.

Odile : Les enfants de l’hirondelle ne sont pas cousins avec mes enfant. Mes enfants sont des tombants, ils ne sont pas des volants

Anita : Tado cumbia para bien !

Violetta : Je voudrais apprendre le langage des oiseaux pour mieux te comprendre.

Pascale : ton cerf-volant, les oiseaux et moi dans le ciel, sur la terre. Nous sommes libres ensemble

Odile : Si j’étais un oiseau, je serai beaucoup plus légère

Fatimata : Je volerais beaucoup plus haut
Plusieurs femmes : Les femmes ici, est-ce qu’elles sont plus heureuses avec leur liberté ?

 

 

 

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