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Un rêve étrange me tire du sommeil ce matin . Comme une écharpe autour de ma gorge et qu’on serre, qu’on serre . Doucement . Et puis le brouillard . Un petit chemin bordé de buis .
De buissons . Le chemin mène au cimetière où sont enterrés quelques aimés . Une femme . Grande, mince . Les cheveux tirés en arrière . Allongée là sur un hôtel . Comme Blanche Neige, mais sans la neige . Dans une chapelle, mais pourquoi donc?
Je ne sais pas, peut être, pourquoi pas . Ma grande mère était infirmière, croyait elle en Dieu? , elle seule le sait . Elle est morte de chagrin, elle s’est envolée .

Mon pays à moi c’est ici . Mon pays à moi, c’est à dire le pays où sont enterrés les miens .
Enfin la plupart des miens, ceux que je connais ou ceux que j’ai imaginés .
Et puis c’est le pays où je vis tout simplement

Mon pays à moi et le tien?

Ton pays à toi, ce fut la guerre . La première photo que tu m’as montré disait comment on avait enterré ton beau père . Comme ça au beau milieu du champ . Je n’ai pas compris ce qui s’était passé pour lui . On ne comprend pas toujours tout, c’est ainsi . J’ai juste compris que ce souvenir était important dans ton histoire . Dans votre histoire .

Dans votre histoire il y a des morts, des morts et encore des morts
Des hommes, des femmes, des enfants
Des villages entiers rasés il y a quelques années
Il y a des tombes, des tombes, et encore des tombes . Dans les champs .
Et il y a aussi des vivants qui ont envie .
De vivre tout simplement .
Pourquoi, toi, mère, albanaise, kosovare, musulmane
Pourquoi est tu partie?
Pourquoi » Kosovo plus jamais » ?
Pourquoi vivre ici sans toit est mieux que vivre la bas ?
Pourquoi Timé ?
Je te regarde et les larmes affleurent
Dans tes yeux de porcelaine et ton visage ovale on devine la peine
Un peintre a souligné ta bouche ourlée
On partage une cigarette et un café
On partage un sourire et un été

Un été de canicule
Un été de fêtes, de trinquette
De musique, de pitas, et d’amour au pied des réalités

Ton ventre n’est que douleur
Il saigne encore
Ton ventre pleure

« Ils ne sont pas courageux dites vous? » . Je suis stupéfaite . Comment penser que le courage a manqué pour tout laisser . Quelques rares amis sans doute, une petite et pauvre maison
Un frère, une sœur ….
On a plus d’espoir alors on l’invente ailleurs
Ailleurs peut être
Ailleurs on ne sait jamais

Dans ton histoire il y a des morts .
Et puis il y a aussi la misère .
Parceque ça va souvent avec je crois
En tout cas chez toi

Ton ventre rit
Ton ventre a peur
Ton ventre pleure

Oui il rit parfois j’en suis certaine
Lorsqu’un clown apparaît
Qu’il plait aux enfants et fait l’éléphant

On partage les larmes
Les cigarettes, un ptit café
Et puis les sourires aussi
Au beau milieu de l’été brûlant
Au beau milieu de l’été vascillant
De chaleur, de torpeur
De fatigue, de tendresse

Je m’invente des fêtes velours
Des amours troubadours
Tu t’inventes un métier, une maison,
Un peu de tranquillité
Faire le ménage, la couture, à manger
Travail c’est bon
Travail c’est inespéré

Les enfants courent
Les enfants chahutent
Ils chougnent, ils cassent la petite croute

C’est bientôt la rentrée
Au bout de la route
On a planté la tente
Dans le jardin des amis voisins

On invente une vie
D’un moment à l’autre
Elle sera ainsi

Ta petite lionne écrit à longueur de journée
Tout le trajet
Elle a compris, c’est pas gagné
Elle va leur montrer qui elle est
Dans cette inhumanité
La dernière aussi gribouille
Quelques traces du passage d’une elfe
Sur mon cahier consigné
Dachouli for ever

Elsa Le Boudec

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