Archives mensuelles de septembre, 2015

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Un rêve étrange me tire du sommeil ce matin . Comme une écharpe autour de ma gorge et qu’on serre, qu’on serre . Doucement . Et puis le brouillard . Un petit chemin bordé de buis .
De buissons . Le chemin mène au cimetière où sont enterrés quelques aimés . Une femme . Grande, mince . Les cheveux tirés en arrière . Allongée là sur un hôtel . Comme Blanche Neige, mais sans la neige . Dans une chapelle, mais pourquoi donc?
Je ne sais pas, peut être, pourquoi pas . Ma grande mère était infirmière, croyait elle en Dieu? , elle seule le sait . Elle est morte de chagrin, elle s’est envolée .

Mon pays à moi c’est ici . Mon pays à moi, c’est à dire le pays où sont enterrés les miens .
Enfin la plupart des miens, ceux que je connais ou ceux que j’ai imaginés .
Et puis c’est le pays où je vis tout simplement

Mon pays à moi et le tien?

Ton pays à toi, ce fut la guerre . La première photo que tu m’as montré disait comment on avait enterré ton beau père . Comme ça au beau milieu du champ . Je n’ai pas compris ce qui s’était passé pour lui . On ne comprend pas toujours tout, c’est ainsi . J’ai juste compris que ce souvenir était important dans ton histoire . Dans votre histoire .

Dans votre histoire il y a des morts, des morts et encore des morts
Des hommes, des femmes, des enfants
Des villages entiers rasés il y a quelques années
Il y a des tombes, des tombes, et encore des tombes . Dans les champs .
Et il y a aussi des vivants qui ont envie .
De vivre tout simplement .
Pourquoi, toi, mère, albanaise, kosovare, musulmane
Pourquoi est tu partie?
Pourquoi » Kosovo plus jamais » ?
Pourquoi vivre ici sans toit est mieux que vivre la bas ?
Pourquoi Timé ?
Je te regarde et les larmes affleurent
Dans tes yeux de porcelaine et ton visage ovale on devine la peine
Un peintre a souligné ta bouche ourlée
On partage une cigarette et un café
On partage un sourire et un été

Un été de canicule
Un été de fêtes, de trinquette
De musique, de pitas, et d’amour au pied des réalités

Ton ventre n’est que douleur
Il saigne encore
Ton ventre pleure

« Ils ne sont pas courageux dites vous? » . Je suis stupéfaite . Comment penser que le courage a manqué pour tout laisser . Quelques rares amis sans doute, une petite et pauvre maison
Un frère, une sœur ….
On a plus d’espoir alors on l’invente ailleurs
Ailleurs peut être
Ailleurs on ne sait jamais

Dans ton histoire il y a des morts .
Et puis il y a aussi la misère .
Parceque ça va souvent avec je crois
En tout cas chez toi

Ton ventre rit
Ton ventre a peur
Ton ventre pleure

Oui il rit parfois j’en suis certaine
Lorsqu’un clown apparaît
Qu’il plait aux enfants et fait l’éléphant

On partage les larmes
Les cigarettes, un ptit café
Et puis les sourires aussi
Au beau milieu de l’été brûlant
Au beau milieu de l’été vascillant
De chaleur, de torpeur
De fatigue, de tendresse

Je m’invente des fêtes velours
Des amours troubadours
Tu t’inventes un métier, une maison,
Un peu de tranquillité
Faire le ménage, la couture, à manger
Travail c’est bon
Travail c’est inespéré

Les enfants courent
Les enfants chahutent
Ils chougnent, ils cassent la petite croute

C’est bientôt la rentrée
Au bout de la route
On a planté la tente
Dans le jardin des amis voisins

On invente une vie
D’un moment à l’autre
Elle sera ainsi

Ta petite lionne écrit à longueur de journée
Tout le trajet
Elle a compris, c’est pas gagné
Elle va leur montrer qui elle est
Dans cette inhumanité
La dernière aussi gribouille
Quelques traces du passage d’une elfe
Sur mon cahier consigné
Dachouli for ever

Elsa Le Boudec

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imageLorsque j’ai parlé à Anna du projet « Femme d’ici et d’ailleurs » elle a été enthousiasmée :
« Je veux parler au nom de toutes les femmes rroms! », c’est dire si il y a à explorer. Je fais confiance à Florence dont la plume n’a d’égal que la vivacité d’esprit pour creuser les chemins de l’exil avec tendresse et lucidité. Florence est journaliste. Elle a eu de nombreuses occasions de rencontrer cette autre femme……cette femme étrangère, rrom cette fois-ci et on y voit un signe particulier !

Anna V. et Florence S.

A toi, l’étrangère,
Je cherche la langue dans laquelle te parler, non pas parler à toi, on se parle en français, tu l’as appris si vite si bien, mais « te parler ». 50 ans de ma vie sans te connaître, et pourtant on s’est trouvées. Chacune avait entendu parler de l’autre et se reconnaissant enfin, nos mains se sont rejointes, nous nous sommes enlacées, on s’était trouvées.
Trouvées ?
J’ai l’âge d’être ta mère. Tu n’as que 30 ans et tu sais tant.
Tu sais l’exclusion, tu sais la guerre, les blessés, les morts, la peur, la faim, tu sais comment les uns vendent des filles encore enfants pour la prostitution, tu sais tant. Et je ne connais rien de tout ça.
Je sais la cruauté des regards, je sais la solitude, les peurs existentielles, la maladie, la peur de mourir. Et toi tu sais aussi, évidemment.
On s’est trouvées, on est des « mientes » : tu fais partie des miens, je fais partie des tiens.
Moi, la gadji.
Je ne suis pas de ton peuple. Je ne suis pas de ta langue, de tes langues, même, tu en parles plusieurs, tu es douée pour ça, tu es nomade, tu sais saisir ce que le vent t’apporte et en faire ton grain. Je suis une gadji, et dis dans ta langue, je m’en sens grandie, va comprendre,
Toi, la rrom.
Tu dis : « J’ai vécu des guerres depuis toute petite, guerre de Croatie, guerre du Kosovo. Quand on est une nation persécutée par les gadjé en temps de paix, imagine toi quand c’est la guerre. »
Imaginer des gadjé en colère, ou trop pleins de peurs, se dire « tiens, on va entrer chez les rroms, on va les frapper, on va leur faire peur. »
Toi dans la dureté du monde, toi sur le caillou, dans un monde divisé : les rroms et les gadjé. Autant dire la terre entière ? Pas sûr, non, pas sûr. Mais pour toi enfant, si, dans un monde aux frontières si proches, à l’école : « Je ne suis pas allée vraiment à l’école, que deux ans. Les rroms étaient à part, on se mélangeait jamais avec les gadjé. On était mal habillés, on était sales, on avait des poux. La maîtresse ne disait jamais ‘il faut être ensemble’. » Chez toi mais sans terre, chez toi mais sans place.
De mon côté et alors que tu n’étais pas née, enfermée dans un monde incompréhensible : du confort, pas de guerres, et autant d’injustice ? Dans ma cour de récré c’était pas une petite rrom qui manquait de chaussures, c’était la fille de la DDASS. J’avais fabriqué de mes mains des tracts et des affiches dénonçant les dictatures et appelant les gens à se réveiller, à se mettre debout. C’était la guerre au Cambodge, on vidait des gosses de leur sang pour transfuser des soldats. A des milliers de kilomètres de chez moi. Je ne dormais pas. Hors de chez moi.
L’exil est au pluriel

Florence pour Anna

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L’une est comédienne, l’autre pianiste.
Sabine a quitté Paris pour la campagne bourguignonne, Anush a quitté l’Arménie,

« ….rien qu’une goutte de larme sur la carte…. » (Hovhannes Grigoryan)

Nous parleront elles de ce chemin en parallèle? De cet écho ?
Imaginons que cette rencontre en écriture donnera naissance et sens.

Sabine Larivière et Anush Grigoryan

23 septembre
Jour de l’automne
Je ne sais rien, rien de notre rencontre à peine amorcée. Je ne sais pas à quoi ça rime, je ne veux pas de rimes, pas de poésie dans cette écriture, écriture de cette rencontre. Aller ailleurs et ici dans nos têtes. Éviter l’émotion liée à l’exil, le tien. Je ne suis pas une femme de l’exil , même si j’ai quitté Paris pour vivre ici, joyeusement, c’était par amour…
J’ai envie de ton rire, tes fous rires, mélangés aux miens… Ne pas aller dans le sens du poil, sinon du poil à gratter, avec la vie qui nous démange. C’est comment dans ta caboche quand sans aucune raison apparente tu as le sourire aux lèvres… Mettre de côté cette putain d’histoire d’exil, elle est présente et débarquera forcément dans les mots qui seront écrits. Ne pas essayer d’être intelligente, ne pas essayer de faire joli… Buvons des coups, des rouges des bleus des comme on veut… 
De la chair dans nos mots, des mots dans notre chair, des doux, des violents, des rieurs.
Une musique joyeuse , toi les mains sur ton piano.
Allons à la recherche de nos rires, les bons gros rires, les étouffés, les silencieux, les moqueurs et aussi les forcés et même les tristes.

Sabine pour Anush 

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Le petit pays de Césaria nous a donné une jeune femme pétillante comme le soleil qu’elle insuffle dans tout ce qu’elle entreprend. Elle se prénomme Jacqueline mais restera encore longtemps la fleur de coton de nos aubades. Elle a rencontré Amandine et son regard captant le large par dessus les frontières du réel. Elles partagent leur passion pour le théâtre et bien-sûr leur jeunesse. Ces deux là devraient nous étonner, sur les voies de la Fantasy peut être, puisque la belle lunaire explore avec talent du haut de ses 16 ans, l’écriture d’histoires romanesques diablement palpitantes.

Jacqueline Rodrigues et Amandine Verschoore

 Femme d’ici, femme d’ailleurs…Que dire ?

On nous a demandé d’écrire des textes à ce sujet, de laisser parler notre âme, d’exprimer nos passés et nos rêves. Mais je me demande…par où commencer ?

Cette femme que j’ai rencontrée, cette jeune femme de 24 ans, à la peau métisse et aux merveilleux yeux noisette emplis d’émerveillement, je ne la connais pas, ou à peine. Instant fugace où nos histoires se mêlent pour sourire ensemble, le temps d’une photo, le temps d’un soupir. Ce petit pétillement dans ma vie qui, je l’espère, va me propulser loin sur ce chemin qu’est l’écriture, que sont les rêves et l’aventure de l’instant qui court, me propulser jusqu’à ce que le temps lui-même stoppe sa course sur le visage de cette femme, pour que jamais elle ne soit oubliée du monde ni des jours qui passent. 

Je ne sais que dire…

Elle est venue d’un autre pays, a vécu une autre vie, sa peau et son rire sont différents, pourtant tout en elle respire l’égalité et la fraternité, cette liberté à laquelle aspirent les grands de France sans jamais l’atteindre. Son histoire est unique, son passé tracé et son futur incertain, mais qui croise cette jeune noire sur sa route s’en retrouvera bouleversé dans les recoins de son être, car cette jeune femme illumine son propre chemin, sa propre route et celle des autres, avec la lumière qu’elle porte en elle chaque jour et qui la rend aussi belle qu’une étoile. Je n’aurais pas la prétention de vous raconter son histoire, car ce sont avec ses mots à elle qu’il faut la lire.

Mais ce que je vais faire, c’est vous exprimer l’écho que cette femme à faire naître en moi. 
Amandine pour Jacqueline 

imageLa jovialité de Khoura chargée de la traduction, la fraîcheur et le talent de Ferrudja, potière traditionnelle et poète, venue de Kabylie, et la tranquillité de Sylvie, sa « marraine » en quelque sorte puisque la venue toute récente en France de Ferrudja fait suite à leur rencontre. Ce trio s’est tout naturellement constitué pour nous en parler, pour nous emmener sur les chemins d’un conte de fées, qui, si il comporte sa part de difficultés bien-sûr, nous promet de belles émotions, avec l’argile comme liant, car Sylvie est potière également.

Khoura Himeur, Ferrudja Chebli et Sylvie Deverchère

Admiration

C’est le mot qui me vient à l’esprit quand je vois Ferrudja travailler l’argile, faire corps avec elle, et lui donner forme, lui donner sens, lui donner vie. Admiration pour la perfection de son ouvrage, pour sa maitrise, sa force, sa puissance de femme potière- comme si elle venait du fond des âges.

Sylvie pour Ferrudja 

 

Au démarrage soutenu par le Réseau d’Education Sans Frontière de Mâcon, le projet l’a été ensuite modestement et nous les en remercions, par la MJC Jean Macé de Lyon et la Cimade  (Festival Migrants Scène).

Il a besoin de votre aide pour essaimer, aller plus loin.

RESTER VIVANT!

Pour ce faire, c’est très simple. Nous recevons les dons à l’adresse suivante:

Association Mines de rien et compagnie

chez Sophie Thomas

les bouchots

71220 SIVIGNON

contact

minesderienetcie@gmail.com

06.78.94.90.18

Un reçu vous sera fait

Merci!

Le projet « femme d’ici, femme d’ailleurs » est né de rencontres, de rencontres toutes plus enrichissantes les unes que les autres.
Je suis femme, mon pays c’est le pays où je suis née, ce pays dessiné par des frontières, mais mon pays c’est aussi la terre. J’en ressens les vibrations, les soubresauts, les tourments.
Je suis femme, je suis mère et je suis aussi citoyenne, citoyenne de mon pays et mon pays c’est plus que jamais la terre.

Je suis partie à la rencontre de ces femmes qui ont quitté leur pays, celui où elles sont nées, pour un ailleurs, un ailleurs espoir, un ailleurs ici, un ailleurs où leur vie se dessine souvent dans la plus grande précarité, la violence parfois. Ces femmes, je les ai rencontrées avec leur famille et pour les aider ; j’ai passé beaucoup de temps à les observer, à les écouter, avec des mots que je ne comprenais pas toujours, parfois les regards suffisent ; elles m’ont emportée, vers mes propres chemins d’exil, mes propres fragilités, mes courages aussi.

J’écris, depuis longtemps , plutôt de la poésie, mais aussi des contes, des billets d’humeur, des lettres d’amour eh oui! J’écris et j’aime relier, relier les gens, les histoires, les humanités. On en a tant besoin.

Alors j’ai eu cette idée de lier, de lier une femme d’ici et une femme d’ailleurs, des femmes d’ici, des femmes d’ailleurs, de les lier.
Pour certaines ce fut tout à fait naturel, car le lien existait déjà, il suffisait d’aller un peu plus loin, un peu plus loin en écriture. Pour d’autres il fallait rapprocher des histoires qui n’avaient jusque là rien en commun ou si peu, sauf celle d’être femme bien-sûr, femme, femme du monde…..je leur ai proposé de parler, puis d’écrire, d’écrire en liberté, avec quelques indications cependant, quelques consignes, ajustées au fil du temps, au fil du vent, du vent qui nous pousse…..sur le chemin.

Voilà, c’est ainsi que le projet « femme d’ici, femme d’ailleurs » est né à l’automne 2015.

Depuis, des femmes ont échangés, à Cluny, à Châlon, Mâcon, puis Lyon. Elles ont écrit, seules, en duos, en trios, en groupes. Nous avons récolté beaucoup de paroles, des paroles fortes, poétiques parfois, touchantes bien sur, vivantes .Ainsi, nous avons pu construire un tricotage à présenter sur scène à plusieurs reprises lors des lectures mises en espace par Sabine Larivière.

Nous voulons continuer à témoigner, témoigner de cette richesse à côté de laquelle on passe en choisissant le repli, la fermeture, la peur et le rejet de l’autre, de l’étranger, de l’étrangère. C’est un travail sur le terreau de l’humanité, ce terreau fertile, fait parfois de choses simples, même si les histoires sont complexes et difficiles, tout comme le monde que nous habitons.

Je vous invite à partir à la découverte des différentes saisons d’ateliers (récoltes de mots et préparation théâtrale) que nous avons menées en vous baladant sur le wordpress. Tout n’y est pas parfaitement présenté, mais je suis certaine que vous en sentirez la teneur, le parfum.

En dessous du bandeau, vous y découvrirez quelques textes de la première session et le tricotage de notre dernière lecture.

Afin de poursuivre cette aventure, nous avons besoin de votre soutien financier, même minime. Pour plus de détails, rdv sur l’article  « Soutien »  Avec nos remerciements chaleureux pour la confiance que vous nous accorderez!

Vous trouverez dans cette même rubrique nos contacts par le biais duquel vous pourrez poser vos questions.

 

Elsa Le Boudec, artisane poète